{"id":3216,"date":"2015-01-06T19:38:50","date_gmt":"2015-01-06T19:38:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cgt-hopital-manosque.fr\/?p=3216"},"modified":"2015-01-31T11:10:16","modified_gmt":"2015-01-31T11:10:16","slug":"7-janvier-2015-le-profit-est-un-rapport-social","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.cgt-hopital-manosque.fr\/?p=3216","title":{"rendered":"7 janvier 2015 &#8211; Le profit est un rapport social"},"content":{"rendered":"<p style= \"text-align: justify;\">Nous avons vu, il y a quelques jours, un article expliquant que le fait de s\u2019attaquer aux profits \u00e9tait une attitude de justice sociale mais ne r\u00e9pondait pas \u00e0 une efficience \u00e9conomique. Cet article nous a oblig\u00e9 \u00e0 faire des recherches et ainsi a particip\u00e9 \u00e0 renforcer notre r\u00e9flexion sur les r\u00e9ponses qu\u2019il convient de donner pour changer les choses. <\/p>\n<p style= \"text-align: justify;\">Nous r\u00e9pondrons sur deux plans. <\/p>\n<p style= \"text-align: justify;\"> 1 &#8211; SUR LE PLAN ECONOMIQUE <\/p>\n<p style= \"text-align: justify;\">Ci-dessous une explication sur les travaux de Laurent Cordonniers et d\u2019autres \u00e9conomistes \u00e0 la demande de la CGT et de L\u2019IRES. <\/p>\n<p style= \"text-align: justify;\"> \u00ab En 2013, une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e par des \u00e9conomistes du Centre lillois d&rsquo;\u00e9tudes et de recherches sociologiques et \u00e9conomiques (Clers\u00e9), \u00e0 la demande de la Conf\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale du travail (CGT) et de l\u2019Institut de recherches \u00e9conomiques et sociales (IRES), a d\u00e9montr\u00e9 que la mondialisation financi\u00e8re en route depuis trente ans a provoqu\u00e9 un autre co\u00fbt, ou plut\u00f4t un surco\u00fbt, non pas du travail, mais du capital. <\/p>\n<p style= \"text-align: justify;\">Les auteurs de l\u2019\u00e9tude d\u00e9montrent que ce surco\u00fbt rend largement compte des piteuses performances des \u00e9conomies depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es : un ch\u00f4mage de masse qui ne cesse d\u2019augmenter, le creusement des in\u00e9galit\u00e9s, le rythme poussif d\u2019accumulation du capital, le creusement des in\u00e9galit\u00e9s, l\u2019explosion des revenus financiers pour certains\u2026 <\/p>\n<p style= \"text-align: justify;\">Comme le pr\u00e9cise l\u2019\u00e9conomiste Laurent Cordonnier, ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Lille-I qui a particip\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tude, <\/p>\n<p style= \"text-align: justify;\">Il faut distinguer entre deux notions de co\u00fbt du capital : le co\u00fbt \u00e9conomique et le co\u00fbt financier. Le co\u00fbt \u00e9conomique est l\u2019effort productif n\u00e9cessaire pour fabriquer les outils et, plus largement, l\u2019ensemble des moyens de production : machines, immeubles, usines, mat\u00e9riels de transport, infrastructures, brevets, logiciels\u2026 Cet effort productif repr\u00e9sente en quelque sorte le \u00ab vrai \u00bb co\u00fbt du capital, celui qu\u2019il faut n\u00e9cessairement d\u00e9penser en travail pour fabriquer ce capital, entendu ici dans le sens \u00ab capital productif \u00bb. La mesure de cet effort (sur une ann\u00e9e, par exemple) repr\u00e9sente ce qu\u2019on appelle plus couramment les d\u00e9penses d\u2019investissement, et que les comptables nationaux nomment la formation brute de capital fixe (FBCF). Ces d\u00e9penses repr\u00e9sentent \u00e0 peu pr\u00e8s 20 % de la production annuelle des entreprises fran\u00e7aises. <\/p>\n<p style= \"text-align: justify;\">Or, ce que montre l\u2019\u00e9tude, c\u2019est qu\u2019au \u00ab vrai \u00bb co\u00fbt l\u00e9gitime du capital, s\u2019ajoutent de plus en plus des int\u00e9r\u00eats vers\u00e9s aux pr\u00eateurs et les dividendes vers\u00e9s aux actionnaires qui en grande partie \u00ab ne correspondent \u00e0 aucun service \u00e9conomique rendu, que ce soit aux entreprises elles-m\u00eames ou \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 dans son entier \u00bb. <\/p>\n<p style= \"text-align: justify;\">Pour les auteurs, en imaginant un syst\u00e8me uniquement \u00e0 base de cr\u00e9dit bancaire, factur\u00e9 au plus bas co\u00fbt possible, il serait possible de se dispenser de cette partie du co\u00fbt financier totalement improductif. <\/p>\n<p style= \"text-align: justify;\">Pour conna\u00eetre la proportion de ce \u00ab surco\u00fbt du capital \u00bb, <\/p>\n<p style= \"text-align: justify;\">Il suffit de retrancher des revenus financiers la part qui pourrait se justifier\u2026 par de bonnes raisons \u00e9conomiques. Certains de ces int\u00e9r\u00eats et dividendes couvrent en effet le risque encouru par les pr\u00eateurs et les actionnaires de ne jamais revoir leur argent, en raison de la possibilit\u00e9 de faillite inh\u00e9rente \u00e0 tout projet d\u2019entreprise. C\u2019est ce que l\u2019on peut appeler le risque entrepreneurial. Une autre partie de ces revenus peut \u00e9galement se justifier par le co\u00fbt d\u2019administration de l\u2019activit\u00e9 financi\u00e8re, laquelle consiste \u00e0 transformer et aiguiller l\u2019\u00e9pargne liquide vers les entreprises. <\/p>\n<p style= \"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9tude du Clers\u00e9 montre que ce surco\u00fbt est consid\u00e9rable. Par exemple, en 2011, il repr\u00e9sentait en France, pour l\u2019ensemble des soci\u00e9t\u00e9s non financi\u00e8res, 94,7 milliards d\u2019euros. En le rapportant au \u00ab vrai \u00bb co\u00fbt du capital, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019investissement en capital productif de la m\u00eame ann\u00e9e (FBCF), qui \u00e9tait de 202,3 milliards d\u2019euros, on obtient un surco\u00fbt du capital de 50 %\u2026 Et si l\u2019on rapportait ce surco\u00fbt \u00e0 la seule partie de l\u2019investissement qui correspond \u00e0 l\u2019amortissement du capital \u2014 laquelle repr\u00e9senterait mieux, aux yeux de nombreux \u00e9conomistes, le \u00ab vrai \u00bb co\u00fbt du capital \u2014, on obtiendrait une sur\u00e9valuation encore plus \u00e9tonnante : de l\u2019ordre de 70 % ! <\/p>\n<p style= \"text-align: justify;\">En clair, cela signifie que lorsque les travailleurs fran\u00e7ais sont capables de produire leurs machines, leurs usines, leurs immeubles, leurs infrastructures, etc., \u00e0 un prix total de 100 euros par an (incluant la marge de profit), il en co\u00fbte en pratique entre 150 et 170 euros par an aux entreprises qui utilisent ce capital productif, du seul fait qu\u2019elles doivent s\u2019acquitter d\u2019une rente, sans justification \u00e9conomique, aux apporteurs d\u2019argent. <\/p>\n<p style= \"text-align: justify;\">Et comme le souligne Laurent Cordonnier : <\/p>\n<p style= \"text-align: justify;\">Un tel surco\u00fbt du capital n\u2019a rien de n\u00e9cessaire ni de fatal. Durant la p\u00e9riode 1961-1981, qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le \u00ab big bang \u00bb financier mondial, il \u00e9tait en moyenne de 13,8 %. Il \u00e9tait m\u00eame devenu n\u00e9gatif \u00e0 la fin des \u00ab\u00a0trente glorieuses\u00a0\u00bb (1973-1974), du fait de la r\u00e9surgence de l\u2019inflation. <\/p>\n<p style= \"text-align: justify;\">Pour l\u2019\u00e9conomiste, l\u2019explosion du surco\u00fbt du capital au cours des trente derni\u00e8res ann\u00e9es est la cons\u00e9quence directe de l\u2019\u00e9l\u00e9vation de la norme financi\u00e8re, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019exigence d\u2019un retour sur fonds propres de 15 % par an, impos\u00e9e aux entreprises avec l\u2019aide de leurs dirigeants, dont les int\u00e9r\u00eats ont \u00e9t\u00e9 align\u00e9s sur ceux des actionnaires. De telles exigences correspondent en pratique \u00e0 un surco\u00fbt impos\u00e9 \u00e0 tout projet d\u2019investissement de l\u2019ordre de 50 \u00e0 70 % ! <\/p>\n<p style= \"text-align: justify;\">Ces transferts de richesse vers les pr\u00eateurs et les actionnaires repr\u00e9sentaient 3 % de la valeur ajout\u00e9e fran\u00e7aise en 1980 et 9 % aujourd\u2019hui. \u00ab Mais il y a plus : qui peut dire en effet l\u2019\u00e9norme gaspillage de richesses jamais produites, d\u2019emplois jamais cr\u00e9\u00e9s, de projets collectifs, sociaux, environnementaux jamais entrepris du seul fait que le seuil d\u2019\u00e9ligibilit\u00e9 pour les mettre en \u0153uvre est d\u2019atteindre une rentabilit\u00e9 annuelle de 15 % ? (\u2026) La bonne question est donc la suivante : dans un monde o\u00f9 ne sont mises en \u0153uvre que les actions, individuelles ou collectives, qui rapportent entre 15 % et 30 % par an, quelle est la surface du cimeti\u00e8re des id\u00e9es (bonnes ou mauvaises, il faut le d\u00e9plorer) qui n\u2019ont jamais vu le jour, parce qu\u2019elles n\u2019auraient rapport\u00e9 qu\u2019entre 0 et 15 % ? \u00bb <\/p>\n<p style= \"text-align: justify;\">Quand le fardeau qui p\u00e8se sur toute entreprise, publique comme priv\u00e9e, en vient \u00e0 majorer son co\u00fbt r\u00e9el de 50 \u00e0 70 %, faut-il s\u2019\u00e9tonner du faible dynamisme de nos \u00e9conomies, soumises au joug de la finance ? Seul un \u00e2ne peut supporter une charge \u00e9quivalente \u00e0 70 % de son propre poids. \u00bb <\/p>\n<p style= \"text-align: justify;\">Cette r\u00e9ponse est sans ambig\u00fcit\u00e9 : La casse \u00e9conomique ne provient pas de ce qui est r\u00e9alis\u00e9, mais des investissements non r\u00e9alis\u00e9s, c&rsquo;est-\u00e0-dire, que le caract\u00e8re \u00e9conomique n\u00e9faste du capitalisme financiaris\u00e9 se situe dans le non visible. On voit une fois de plus l\u2019importance d\u2019une pens\u00e9e qui atteint \u00e0 l\u2019essence des choses, ce n\u2019est pas pour rien que Marx expliquait que si le ph\u00e9nom\u00e8ne et l\u2019essence co\u00efncidaient, alors \u00e0 quoi bon la science ? <\/p>\n<p style= \"text-align: justify;\">Qui peut mesurer l\u2019impact \u00e9conomique de d\u00e9cisions qui ne sont pas prises parce que la profitabilit\u00e9 du capital serait entre 0 et 15% ? Et il ne s\u2019agit pas des seules multinationales, car comme vous le savez, une majorit\u00e9 de petites et moyennes entreprises souffrent de la mainmise des ces multinationales avec la sous-traitance. <\/p>\n<p style= \"text-align: justify;\">Juste pour le plaisir intellectuel, je vous reporte aux travaux de Yves Clos, psychologue du travail qui explique que ce qui plombe le travail vivant, cr\u00e9ateur de richesses, ce qui est \u00e0 la source du stress des salari\u00e9s, ce n\u2019est pas le travail qu\u2019on leur demande, ce ne sont pas tant les cadences (certes, c\u2019est aussi cela) mais c\u2019est le travail emp\u00each\u00e9, le travail non fait. On les emp\u00eache de faire du bon boulot. <\/p>\n<p style= \"text-align: justify;\">C\u2019est toujours la v\u00e9ritable provenance des probl\u00e8mes, souvent masqu\u00e9e, souvent invisible qu\u2019il faut rechercher,  pour saisir l\u2019essence m\u00eame du stress dans le travail. <\/p>\n<p style= \"text-align: justify;\">Le profit n&rsquo;est pas une chose comme le sous-entendait l&rsquo;article, c\u2019est un rapport. Et un rapport est quelque chose de non tangible,  qui ne se voit pas imm\u00e9diatement, mais qui constitue de rapport-producteur de la chose au cours d\u2019un processus. <\/p>\n<p style= \"text-align: justify;\">2 &#8211; SUR LE PLAN POLITIQUE <\/p>\n<p style= \"text-align: justify;\">A c\u00f4t\u00e9 de la question strictement \u00e9conomique, le profit est un rapport de domination. S\u2019attaquer aux profits, ce n\u2019est pas s\u2019attaquer aux ressources de l\u2019entreprise, mais au travail non pay\u00e9, non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9. S\u2019attaquer donc au co\u00fbt du capital constitue une donn\u00e9e fondamentale de la lutte pour la transformation sociale. On est loin d\u2019une vue sur la simple \u00ab justice sociale \u00bb comme l&rsquo;article le pr\u00e9tendait. Il s\u2019agit donc d\u2019une lutte politique. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous avons vu, il y a quelques jours, un article expliquant que le fait de s\u2019attaquer aux profits \u00e9tait une attitude de justice sociale mais ne r\u00e9pondait pas \u00e0 une efficience \u00e9conomique. 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