23 juin 2020 – Le bulletin d’humeur de Christophe Prudhomme – Abstention

1364. Christophe Prudhomme, médecin urgentiste

Bulletin d’humeur de la semaine

Abstention

En médecine, l’abstention thérapeutique est la cessation ou la non-initiation d’un traitement dans trois situations : lorsque celui-ci est refusé par un patient, qu’il n’est pas dans l’intérêt du patient ou qu’il correspond pour le patient à un fardeau disproportionné par rapport au but visé.

Le décès du patient peut être une conséquence de ce choix, cependant, contrairement à l’euthanasie, le décès n’est pas l’objectif poursuivi. Au regard de l’abstention massive qui a caractérisé les dernières élections régionales et départementales, il est intéressant de rechercher les analogies entre ces deux situations.

Lorsque le patient refuse un traitement, il faut un choix délibéré en ayant analysé sa situation et pesé le pour et le contre de l’action. En ce qui concerne le domaine politique, il en va de même dans la grande majorité des cas : ne pas se déplacer pour aller voter résulte bien d’un choix réfléchi, même de manière inconsciente, car le citoyen ne voit pas quel bénéfice pourrait lui apporter son geste.

La question de l’intérêt peut être abordée dans les deux acceptions du terme. Dans le sens de la curiosité ou de l’attrait, nous ne pouvons que faire le constat que le débat politique actuel intéresse peu et que la confiance dans les femmes et les hommes politiques est aujourd’hui au plus bas.

Quand il s’agit de l’intérêt qui constitue un avantage, qui apporte quelque chose, là aussi, l’électeur ne voit pas quel bénéfice il peut tirer de son acte, alors il s’en abstient.

Le troisième terme est encore plus intéressant. Il s’agit de la disproportion entre l’investissement que nécessite l’action d’exercer son droit de vote et l’objectif visé qui est que cela change quelque chose au quotidien du citoyen et réponde à ses souhaits et aspirations.

Car il ne s’agit pas simplement de mettre un bulletin dans l’urne mais bien de suivre et de s’intéresser à la vie de la cité et à ceux qui l’organisent, ce qui signifie du temps et un engagement. Le plus important semble enfin la conséquence de ce choix. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir s’il n’est pas le chemin qui mène à la mort de notre démocratie parlementaire façon 5e République.

Dr Christophe Prudhomme

27 avril 2021 – Billet d’humeur de la semaine de Christophe Prudhomme « Docteur junior »

1274. Ségur de la santé Christophe Prudhomme

Billet d’humeur de la semaine

Docteur junior

Une nouvelle réforme des études médicales a allongé la période de l’internat qui s’étale maintenant sur 4 à 6 ans selon les spécialités. Cela signifie que les jeunes médecins ne peuvent vraiment exercer pleinement leur métier qu’au bout de 10 à 12 ans d’études. En fin de cursus, sous réserve d’avoir validé leur thèse de doctorat, les internes obtiennent le titre de « médecin junior » et peuvent donc travailler à l’hôpital comme médecin avec toutes les responsabilités afférentes, mais ils continuent à être payés comme internes.

En fait il s’agit de la transposition de ce qui existe dans d’autres secteurs d’activité avec les stagiaires en fin d’études qui occupent des postes de salariés à responsabilité tout en étant sous-rémunérés. Ce qui est scandaleux est que ce sont les fameux praticiens hospitalo-universitaires, c’est-à-dire les professeurs de médecine, qui ont imposé cette réforme au gouvernement qui a sauté sur l’occasion pour pouvoir faire fonctionner les hôpitaux au moindre coût en bénéficiant d’une main d’œuvre qualifiée, taillable et corvéable à merci.

La crise actuelle a mis en lumière de manière brutale ce système de surexploitation des jeunes médecins qui, restant sous tutelle et étant dans l’obligation de remplir leur service pour valider la fin de leur cursus, ont été contraints de multiplier les heures et les nuits de travail pour assurer le fonctionnement de l’hôpital dans un contexte de pénurie de praticiens hospitaliers titulaires.

En effet, il faut savoir qu’au-delà des fermetures massives de lits qui nous font cruellement défaut aujourd’hui, l’hôpital public manque dramatiquement de médecins avec 25 % des postes de titulaires vacants. Et encore ce n’est qu’une moyenne ! Dans le secteur de la réanimation, essentiel aujourd’hui, le déficit est estimé à 1 000 médecins. La solution d’avenir ne peut être de pressurer les plus jeunes au risque de les dégoûter, voire même pire avec l’augmentation du nombre de suicides chez les internes constatée ces derniers mois, très souvent dans un contexte d’épuisement professionnel.

Dr Christophe Prudhomme

25 mars 2021 – Il faut augmenter le nombre de lits de réanimation, selon la Cour des Comptes

1348. Il faut augmenter le nombre de lits de réanimation

Un rapport de la Cour des Comptes vient de sortir pour alerter sur le manque de lits de réanimation. Cette alerte est une vraie nouveauté car d’habitude leurs rapports recommandent de fermer des lits, ou de fermer des CHU, pour faire des économies.
Mais cette logique montre tellement ses limites qu’ils commencent peut être à s’en inquiéter.

En ce moment, il y a un projet de fermeture d’un service de réanimation de 8 lits à Nice, et dans le même temps, les soignants du CHU de Nice envoient des patients à Brest et à Toulouse.

Plusieurs centaines de lits de réanimation perdus en une année, au regard des informations récoltées dans de très nombreux établissements et départements.

Des appels d’hospitaliers, de médecins circulent depuis quelques jours pour dénoncer les fermetures de lits.

Malgré la période très difficile, et les efforts demandés aux hospitaliers, comme aux citoyens, ils sont en train d’accélérer les projets. Ils essaient d’en faire passer tant qu’ils peuvent en urgence car il y a un effet cocote minute qui se dessine.

La question des lits fermés est centrale dans la période actuelle.

Il faudrait que la fédération CGT Santé réalise une enquête nationale pour affiner ces chiffres car face à leur parole creuse et leur slogan, il est nécessaire de rester uniquement sur le factuel.

De plus, il faut également bien faire le lien avec la politique de restrictions des libertés qui se base sur les indicateurs d’occupation des lits. Donc la question des libertés est étroitement liée à celle de la santé.

Ensuite, on voit de plus en plus de personnels qui démissionnent, à tel point qu’on se demande si ce n’est pas voulu, car derrière, cela peut justifier des fermetures de lits.

Pour voir l’article du journal « Le Progrès » sur les lits de réanimations : CLIQUER ICI

7 mars 2021 – Des héros désormais pointés du doigt : La vaccination des soignants dans le viseur de l’exécutif (sur BFM TV)

1344. Les soignants dans le viseur de Véran

« La vaccination des personnels soignants est au cœur des débats alors que seul un tiers d’entre eux a reçu le précieux sérum. Le ministre de la Santé envisage de leur imposer la vaccination obligatoire… » (BFM TV)

Les héros d’hier deviennent-ils aujourd’hui selon notre ministre de la santé des tueurs en puissance ?
Après les applaudissements, la répression ?
Attention de ne pas écœurer des personnels très engagés et qui prennent des risques tous les jours en allant travailler !

Pour voir la vidéo : CLIQUER ICI

2 mars 2021 – Billet d’humeur de la semaine de Christophe Prudhomme « Confidentialité »

1274. Ségur de la santé Christophe Prudhomme

Billet d’humeur de la semaine

Confidentialité

J’ai choisi aujourd’hui de vous parler d’autre chose que du coronavirus, car il faut bien comprendre que toute l’agitation du gouvernement autour des mesures de pseudo-confinement masque le fait que la période est mise à profit pour avancer masqué sur d’autres sujets très importants.

Il s’agit notamment de ce qui est appelé le Health Data Hub, en français la collecte des données de santé des français. Données qui intéressent au plus haut point, ceux qui en ont fait un grand business, je veux parler des fameux GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft). Heureusement que certains veillent au grain, comme par exemple le conseil d’administration de la CNAM (Caisse nationale d’assurance maladie) qui vient d’opposer un refus très ferme à la proposition du gouvernement de confier la gestion de cette entreprise à Microsoft.

Pour comprendre l’intérêt porté à la France, il faut savoir que notre Sécurité sociale possède une des bases de données de santé parmi les plus importantes du monde. Elle est utilisée aujourd’hui à visée épidémiologique alors que l’objectif de cette opération est d’ouvrir un accès à visée commerciale, pour proposer des assurances et des soins soi-disant personnalisés selon le niveau de risques des individus. Toutes choses en contradiction avec les fondements de la Sécurité sociale qui collecte des cotisations proportionnelles aux revenus et qui finance les soins en fonction des besoins des patients.

Nous voyons bien que cette opération vise à s’accaparer un bien public pour engranger des profits.

Il faut donc être particulièrement vigilants car sans mobilisation de la population pour la refuser, le gouvernement reviendra à la charge pour aboutir à ses fins. Nous sommes déjà assez surveillés, contrôlés, analysés, notamment via nos téléphones portables, l’utilisation de nos cartes de crédits ou encore par les réseaux sociaux.

Nos données de santé doivent être protégées et c’est à chacun de décider qui peut y avoir accès. C’est tout l’enjeu du fameux dossier médical partagé, serpent de mer depuis des années mais dont la mise en place reste d’actualité. Il est essentiel qu’il reste confidentiel et ne serve qu’à coordonner et améliorer la prise en charge du patient par les différents professionnels de santé choisis et désignés par celui-ci.

Veillons jalousement à nos libertés.

Dr Christophe Prudhomme

16 février 2021 – Le Billet d’humeur de la semaine de Christophe Prudhomme « Bénéfices »

1274. Ségur de la santé Christophe Prudhomme

Billet d’humeur de la semaine

« Bénéfices »

Le journal Les Echos a publié hier un article très intéressant titré « Comment le COVID redessine les bénéfices des laboratoires pharmaceutiques ». Nous apprenons que le chiffre d’affaires des 10 premières entreprises du médicament a été en 2020 de 468,5 milliards de dollars et que le résultat opérationnel, c’est-à-dire les bénéfices, se sont chiffrés à 108,9 milliards de dollars, soit 23 % du chiffre d’affaires. Cela signifie que pour un produit vendu 10 dollars, le laboratoire génère 2,3 dollars de profit. Une comparaison est éclairante sur l’énormité de ce chiffre : le résultat opérationnel de Toyota, une des entreprises automobiles les plus rentables au monde, était de 8,2 % avant la crise.

L’industrie pharmaceutique est donc une des activités les plus rentables au monde alors qu’elle produit des biens indispensables pour la population mondiale. Dans le contexte de la pandémie actuelle qui nécessite la production massive de vaccins au meilleur coût avec une disponibilité pour l’ensemble des pays de la planète, nous pouvons pointer une anomalie majeure. Est-il donc raisonnable de laisser les choses en l’état ? Sûrement pas. Au-delà de la pétition européenne « Pas de profit sur la pandémie » se pose la question de la maîtrise publique de la production des médicaments qui ne peuvent être des produits marchands comme les autres.

Les opposants à cette évolution nous expliquent qu’il est normal que les actionnaires bénéficient d’un retour sur leur investissement. C’est bien là que le bât blesse car de fait ces fameux investisseurs s’appuient largement sur la recherche publique et sur la socialisation des dépenses pour engranger des bénéfices honteux. Je ne suis pas économiste, mais je constate que les bénéfices du seul Sanofi représentent plus que ce que la somme octroyée par le gouvernement pour le fameux Ségur de la santé. Je ne peux donc que m’interroger, en tant que soignant, sur l’anormalité de cet état de fait qui explique largement les difficultés rencontrées dans nos hôpitaux, du fait du manque de manque de moyens chronique entretenu par les gouvernements depuis trop longtemps.

Dr Christophe Prudhomme